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[Report] #Random – Passion Bivouac

Le bivouac est une drogue dure. 17 janvier 2017 Général Nils

A l’été 2016, le plan cyclo-bushcraft était pour certains d’entre nous un sujet de conversation récurrent à la fin du ride RDM. On fantasmait pas mal sur l’idée d’un feu de joie monumental en pleine cambrousse au dessus duquel on ferait griller des saucisses gargantuesques en refaisant le monde.

Tout un programme.

Jon jetait d’ailleurs régulièrement de l’huile sur le feu en nous parlant de ses bivouacs estivaux en Ardèche. Pourtant rien de concret ne parvenait à sortir de terre.

Et puis un jour à force d’en parler, encore et encore, l’envie de dormir à la belle étoile devint trop forte. S’extraire du chaos urbain le temps d’une nuit en forêt devint quasiment un besoin, une soif de grand air à étancher.
Les quelques intéressés se concertèrent donc à la hâte sur une date possible et finirent par tomber d’accord pour partir le 1er octobre, dernier créneau encore envisageable avant l’arrivée du froid. On proposa bien évidemment le projet aux copains du RDM, mais entre les réticences des uns et les empêchements des autres seuls quatre pèlerins répondirent présent pour aller explorer le Parc Naturel régional du Gâtinais.

Certains comme Jon avaient déjà pas mal d’expérience dans le cyclo-touring, Lucien avait lui coutume de passer toutes ses vacances en Normandie et Vincent venait de boucler un Paris-Barcelone à vélo en mode camping sauvage. De mon côté j’avais clairement très peu à apporter au groupe si ce n’est un enthousiasme de forain millionnaire.

Une fois la MAP établie et les derniers préparatifs effectués, le rendez-vous fut donné dans le 13ième vers 11h. En voyant sur place comment chacun avait confectionné son barda, on se rendit vite compte de qui avait l’habitude de ce genre d’aventure et de qui débarquait.
Jon avait tout réparti à l’avant de son vélo dans deux grandes sacoches, Vincent avait également tenu compte de la répartition des charges dans un style un poil plus « tonton-du-bled » et Lucien, qui s’était fait prêté du matos au dernier moment, avait bricolé comme il avait pu avec un résultat parfaitement honorable. Néophyte oblige j’avais mis tout le poids à l’arrière – erreur de débutant. Résultat mon vélo ressemblait presque à un dragster, la poussée en moins.
Après d’inévitables vannes à mon sujet la caravane se mit en route.

Le mercure était un peu bas ce samedi là, il faisait dans les 15°c mais à en croire Météo France la température devait grimper un chouille dans l’après midi. On traça en ligne droite jusqu’à Villeneuve-le-Roi puis on traversa la Seine à hauteur de Villeneuve-Saint-George dans le but de rejoindre Montgeron.
Pour qui connaît un tant soit peu ce coin du 91, inutile de préciser combien le paysage est laid et déprimant.

Après un peu moins d’une heure de route on laissa de côté la crasse et le bruit de la ville pour s’engouffrer avec soulagement dans la forêt de Sénart.
Enfin un peu de verdure. C’est quand même ce pourquoi on avait tous signé, non ?

Quelques kilomètres après cette portion forestière, on fit halte à Seine-Port le temps d’y prendre un café en terrasse puis de repartir. Il fallait encore abattre une vingtaine de bornes avant de souffler mais nous jubilions tous comme des gamins en route pour la colonie de vacances.

Cela faisait maintenant environs 2h que nous roulions depuis notre départ de Paris quand on fini par atteindre Saint-Fargeau-Ponthierry, retraversant la Seine au passage.
Il ne restait alors plus grand chose à parcourir pour arriver à destination.
Trois quart d’heure plus tard on débarqua enfin à Milly-la-Forêt, accompagnés par un timide soleil qui avait bien voulu se bouger les rayons.
Le brasier géant et les saucisses étaient dans toutes les têtes mais il nous fallait avant tout commencer par déterminer l’emplacement du camp.

Une fois de nouveau en forêt, on fila tout droit pendant cinq minutes avant de quitter le sentier pour aller explorer en contrebas derrière les énormes rochers qui bordaient celui-ci.
Après un peu d’escalade on atterri dans une immense cuvette tapie de mousse et de bruyères où trônaient suffisamment d’arbres pour bâtir un camp fortifié.
On dénicha rapidement un coin propice à l’installation de trois hamacs et d’une tente. Il n’en fallait pas plus pour nous satisfaire.
La nuit n’allait pas mettre très longtemps à tomber, aussi on abandonna là le gros de nos affaires et on fit marche arrière direction le supermarché.
Le sentier très étroit qui nous ramenait au sentier principal était sablonneux à souhait, si bien que chaque mètre parcouru était une corvée, d’autant qu’il fallait y trainer le vélo.

Les sacoches remplies de victuailles et de bière on retourna au camp où l’on ne perdit pas une minute. Il restait pas mal de boulot avant de pouvoir se la couler douce. Outre le montage de son abri, il fallait aussi et surtout aller chercher et couper du bois pour alimenter le feu jusque tard dans la nuit. La scie pliable de Jon nous permit d’amasser un stock de bûches conséquent qu’il fallut ensuite patiemment fendre au couteau.

Et puis elle arriva enfin, l’étincelle qui donna vit à notre fournaise en devenir.
Il faisait déjà nuit quand on mit les premières saucisses à cuire au dessus des braises.
D’un coup, le temps s’arrêta, ce que nous partagions là était sublime de simplicité – magie du bivouac.

Il est indescriptible le sentiment d’apaisement profond que procure le fait de s’évader de la ville pour aller chercher la quiétude qui règne en forêt.
Renouer avec des choses toutes bêtes comme prendre le temps d’allumer un feu dans la nature, c’est une chance mais il faut savoir la provoquer et la saisir.

Plus tard dans la soirée Vincent balança de la musique sur son enceinte et on se mit à parler voyages, projets personnels, vélo… L’air était humide et quelques gouttes tombèrent sur les bâches au dessus de nos têtes mais rien de suffisant pour gâcher la fête.
Après le repas on abandonna le camp pour crapahuter jusqu’au plateau un peu plus haut afin d’aller contempler les étoiles. Une fois au sommet de ce dernier, le feu qu’on apercevait en contrebas paraissait comme un phare perdu dans l’immensité d’une mer plongée dans l’obscurité.
De retour de cette escapade digestive on s’attela à faire flamber tout ce qui pouvait flamber, à l’exception des arbres et du matos bien entendu. Suite à quoi on alla se coucher, sereins, repus et comblés, avec un feu sur le déclin pour veiller sur nous.

Le lendemain matin on se leva un peu tard, la faute à une nuit un peu trop fraîche pour certains et à un gros sommeil pour d’autres. On ralluma péniblement un feu sur les coups de 10h histoire de préparer le café, sous les yeux circonspects des quelques promeneurs qui passaient sur le sentier situé à quelques mètres du camp. C’est qu’on devait avoir fière allure avec nos gueules mal réveillées et notre campement un peu gitan sur les bords.

Sitôt le petit dej’ avalé on s’attela à remballer fissa tout ce petit bordel, un peu dépités quand même à l’idée de rentrer…
S’il avait fait un peu plus chaud on aurait sans aucune doute rempilé pour une nuit de plus !

Dès le retour des beaux jours on remettra ça c’est certain, car à l’instar du crack ou du tuning, le bivouac est une drogue dure.

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